"Comment leur relation au monde pourrait-elle être la même?
Publié le 28 Août 2013
"Aristote en définit l'ancrage: "Par mâle nous entendons l'être qui engendre dans un autre, et par femelle l'être qui engendre en soi." L'homme pénètre et la femme est pénétrée; l'homme engendre à l'extérieur de lui, la femme conçoit dans son sein. Cela ne signifie pas que l'un est actif et l'autre passif, mais que l'action masculine est transitive (elle a son terme à l'extérieur de l'agent), et l'action féminine est immanente (elle a son terme à l'intérieur). Ce qui confère à l'homme et à la femme une image de leur corps radicalement distincte. Là où dans l'amour elle s'éprouve comme accueillante, lui se perçoit comme conquérant. Comment leur relation au monde pourrait-elle être la même? Aristophane édifie une morale à partir de ce socle physique lorsque, dans l'Assemblée des femmes et Lysistrata, il attribue au sexe féminin le pouvoir de faire la paix:"Puisqu'elles sont mères, dit Praxagora, elles voudront absolument épargner la vie des soldats." Mais qu'elles se dénaturent en amazones, et les voici impitoyables comme des guerriers sans repos: "Si Mars écœuré n'arrête pas le carnage, elles crèveront là sans reculer d'un pouce, chacune les dents plantées dans la gorge de l'autre."
[...) L'acte de création, à moins de tomber dans le panthéisme, se présente sous une figure paternelle; l'acte divin de miséricorde, sous peine de s'altérer en une dureté justicière, se présente sous une figure maternelle: Comme un fils que sa mère console, moi aussi je vous consolerai (Is 66, 13)."
La profondeur des sexes, Fabrice Hadjadj, éditions du Seuil