Béranger, le poète oublié (part I)

Publié le 22 Décembre 2012

Béranger souffrait depuis deux ou trois ans de douleurs au coeur. Son vieil ami, Bretonneau, l'illustre médecin de Tours, vient à Paris, appelé en partie pa la tristesse des dernières lettres du poète:

"Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu,

J'ai crains qu'il ne fût vrai; je suis vite accouru"

a dit La Fontaine. Bretonneau arrive, et la pâleur de son ami l'inquiète:

"Allons, asseyez-vous là, lui dit-il avec une brusquerie affectée, que je vous ausculte! Qu'est-ce que ces tristesses-là? Encore quelque imagination de poète."

Béranger s'assied sur une chaise, Bretonneau, malgré ses quatre-vingts ans, met un genou en terre, applique directement son oreille sur le coeur et écoute. Un témoin de cette scène me l'a souvent racontée. Il regardait avec émotion cet octogénaire agenouillé devant ce septuagénaire, la science devant le génie poétique, et suivait sur le visage penché du médecin, l'expression de son sentiment médical, quant tout à coup il voit deux grosses larmes tomber des yeux du docteur et rouler le long de ses joues. C'était l'arrêt. Bretonneau s'essuya furtivement les yeux sans que son ami pût le voir, se releva en riant et en disant:" Je savais bien que cela ne serait rien! Un peu de digitale, et ce malaise disparaîtra." Quelque semaines après, Béranger était mort.

(suite demain)

Rédigé par Alexandre R.

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