Olivier Py: "Ces comédiens, souvent très comique, défigure la plus haute aventure de l'humanité, en donnant une image de l'homme qui ne parle pas, mais défèque par la bouche...
Publié le 13 Février 2014
"Dis-moi comment tu parles, je te dirai qui tu es." Voilà la question.
"Qu'est-ce que tu as fait de Ma Parole", nous dira Dieu au jugement dernier.
Voilà la question.
Et qu'aurons-nous à Lui montrer alors. Devant Dieu nous ferons exercice de Parole et nous ressemblerons assez horriblement à un vendeur de prêt-à-porter culturel qui fait sa conférence de presse. Et moi je vous dis: "Dieu vomit les curés de quelque bord qu'ils soient, athées, socialistes ou végétariens."
"Dis-moi comment tu parles et je te dirai qui tu es."
Voilà la question.
Mais pour le comédien, c'est plus terrible encore.
Un peuple d'assoiffés lui dit:
"Montre-nous comment nous parlons pour voir qui nous sommes."
Et ça, ils ne le demande pas au footballeur. De son côté, la foules des rabat-joie demande à des comédiens professionnels, tous les jours, incessament: "Montrez-nous qu'on ne peut pas faire advenir la parole pour que nous soyons consolés d'être ce que nous sommes." Ces comédiens, souvent très comique, défigure la plus haute aventure de l'humanité, en donnant une image de l'homme qui ne parle pas, mais défèque par la bouche la merde consensuelle qu'il a avalée par les yeux.
S'ils ne faisaient que déféquer par la bouche pour eux-mêmes, ce ne serait pas scandale. Mais ce faisant, ils déforment l'acte de la parole, ils découragent toute possibilité de formuler sa condition, et réfléchir par la parole notre drame est toute la miséricorde divine.
Les comiques, non contents d'être des traîtres, nous apprennent à le devenir. Ils nous apprennent à rire de l'exercice de la parole, s'esclaffent dès que pointe le fanal du dire, et tout en rigolant nous enseignent la pire des attitudes, l'étalon de la médiocrité, la rigolade généralisée devant le non-sens.
Non-sens qu'une vaste et criminelle rigolade agrandit fanatiquement. Ne blaguez plus. Le crachat rigolard est sur le front du Christ, il est sur la bouche de la jeunesse.
[...)
Jeunes gens, jeunes gens, qui franchissez la frontière sacrée de la scène, ne défigurez pas l'humain. Ne défigurez pas l'alliance de l'homme avec son dire.
Connaissez la crainte et les tremblements à l'idée de montrer à l'homme un homme incapable d'accéder à sa formulation.
Un homme incapable d'entendre le dire éternel et de le redire, et de dire en le redisant, ce dire, tout l'amour du dire, tout l'amour de l'esprit enfermé dans la lettre!
Épître aux jeunes acteurs pour que soit rendue la Parole à la Parole, O. Py